Tai Chi – Qi Gong : Essence, monde et philosophie

Je partage ici des citations, extraits ou phrases, qui ont fortement résonné dans ma pratique, ou qui ont été sujets d’observation, de recherches et d’explorations. D’autres ont été le point de départ de découvertes, souvent fascinantes, sinon toujours subtiles. Ou utiles. D’autres encore sont d’inépuisables sources d’inspiration ou de questionnements.

J’y ajoute quelques commentaires, qui sont miens, et qui ne reflètent que ma vision.

28 décembre 2021

Existe-t-il une réelle différence entre les propos de 石濤 sur la peinture (ci-dessous) et l’art du Qi dans le Qi gong et le Tai Ji, ou l’art de la Vie tout simplement ?

Au sujet des principaux défauts à éviter:  » Ne[…] pas peindre de manière mécanique. […] Eviter la raideur et la mollesse; ne […] pas être pesant, ni maladroit. […] se garder des liaisons indues, ne pas disloquer les éléments de la composition, ni perdre la cohérence fondamentale de l’ensemble. « 

En abordant l’opposé (les défauts), il définit ce qui est recherché: conscience, alignement de l’esprit et de l’action, fluidité, savoir distinguer les choses tout en les gardant unifiées en un.

Conscience pour que ce qui prenne forme ne soit ni plat, ni inhabité.

L’intention (le yi) et la main (là où le manifesté apparaît) sont en ligne pour ne faire qu’un. Dès que les deux ne fusionnent plus, alors l’incertitude apparaît. On dit que le yi 意 l’intention, précède le qi 氣 l’énergie. Cela revient à dire que l’énergie s’aligne à l’intention. L’action qui en découle est alignée à l’intention, alors il y a harmonie entre intérieur et extérieur. Il y a harmonie entre intérieur et extérieur, alors il y a unité.

Le flux s’écoule facilement, de sorte qu’il n’y a ni noeud, ni obstacle qui créerait un arrêt ou une discontinuité. Le cheminement du flux paraît alors naturel et harmonieux. Aisance signifie fluidité. Fluidité, harmonie.

Savoir distinguer les choses, tout en gardant la vue d’ensemble, c’est savoir faire la différence entre le clair du trouble, sans toutefois exclure l’un ou séparer l’autre. C’est aussi prendre un peu de recul pour admirer le paysage, qui apparaît justement parce qu’il y a ce jeu entre la lumière et l’obscurité.

Enfin, pour terminer, je vous propose un passage qui est plus qu’à-propos en cette fin d’année :

« Au milieu de l’océan de l’encre, il faut établir fermement l’esprit;

A la pointe du pinceau, que s’affirme et surgisse la vie;

Sur la surface de la peinture s’opère une complète métamorphose;

Au milieu du chaos s’installe et jaillit la lumière. »

P. Ryckmans « les propos sur la peinture du Moine Citrouille-Amère »

27 novembre 2021

Notre ami 顾美生 Gu Meisheng continue :  » Ainsi, grâce à une pratique assidue et répétée du taiji quan, on comprend que lorsqu’il est question d’ouverture et de fermeture, ce ne sont pas des parties du corps qui s’ouvrent et qui se ferment, mais le souffle; puis en progressant dans la pratique, on comprend que ce n’est pas le souffle qui s’ouvre et puis se ferme, mais le yi, l’image intérieure, guide du souffle, lui-même guide du corps.

Puis progressant encore, on comprend que cette ouverture et cette fermeture ne viennent pas de l’image intérieure , mais de ce quelque chose d’encore plus subtil, ce vide médian, nécessaire, nous dit Laozi, pour que la roue d’un char puisse tourner, ou qu’une cruche puisse avoir son utilité.« 

8 novembre 2021

« Sur ce cheminement pour trouver la Voie (Dao), le souffle (qi) joue un rôle essentiel. Pivot entre le corps et l’esprit, sa mise en mouvement permet les transformations de soi. On part du corps, la partie physique de notre personne qui semble plus proche de nous, pour petit à petit percevoir les émotions et le tumulte intérieur, et transformer son être grâce au chemin du souffle. Selon la terminologie de l’alchimie interne du taoïsme, il convient d’affiner son essence vitale (jing精) pour la transformer en souffle, d’affiner son souffle (qi氣) pour la transformer en puissance spirituelle, et d’affiner sa puissance spirituelle (shen神) pour l’intégrer à la Vacuité, dans un mouvement de retour vers l’essentiel […].

顾美生 Gu Meisheng, Le chemin du souffle.

5 novembre 2021

« Y a-t-il vraiment ou n’y a-t-il pas deux vues, celle-ci et celle-là? Elles n’ont pas trouvé leur point de correspondance qui est appelé le pivot du Tao. Dès que l’on trouve ce pivot, on se tient au centre de l’anneau où l’on peut répondre sans fin aux vues changeantes. » Tchouang Tseu (cité dans Principes, pratique et interprétation du Yi-Jing, J.-P. Schlumberger)

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